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 Orya Matthew, dirigeante au service du malin [Finie]

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Invité
Matthew Orya
♦ AGE : 861 ans
♦ SEXE : Féminin
♦ NATIONALITÉ : Anglo-chinoise
♦ ORIENTATION SEXUELLE : Bisexuelle
♦ PROFESSION : Maire
♦ RACE : Démone dragon élémentaire de terre et feu
♦ Quel groupe : Civile non humaine
♦ Avatar : Original artwork de fkey
♦ Règlement signé : ici.


Caractère

“Qu’est-ce que tu bois la Vénéneuse ?”


Un de plus. Il était pourtant mignon et aimable, ce nouveau serveur. Mais lui aussi, il avait était mis au parfum. Comme si cela ne lui collait pas déjà assez à la peau. Comme si tous les démons se devaient de l’être, vénéneux, immonde et perfide. Comme si toute son existence ne se reposait que là-dessus. Pourtant, c’était bel et bien elle qui avait fait le choix de se présenter ainsi lorsqu’elle était arrivée. Parce que l’option de facilité était bien trop bonne, parce que les choses étaient mieux ainsi. En somme, si l’idée commune avait fait le dessin de sa race de cette façon, c’est qu’il ne pouvait en être autrement. Une pointe de déception se lisait dans son regard, mais le manque de lumière effaça l’esquisse, alors qu’elle se contentait de pousser son verre dans sa direction, lui souriant avant de murmurer un simple “Un autre de la même-chose”, parce qu’elle venait tellement souvent qu’il ne pouvait pas ne pas savoir quelle était sa drogue.

Des addictions, elle en possédait beaucoup, et en avait beaucoup eu de par le passé. Il fallait le dire, vivre des siècles durant était une chance inestimable dans un monde où certains vices se perdaient au profit d’autres - non pas qu’elle en avait contre le sexe, mais elle avait appris à s’en contenter. Orya avait vu s’éteindre des coutumes qu’elle adorait pourtant - et même en matière de fesse, la disparition funeste des bordels l’avait grandement attristée-, sa plus grande déception fut pourtant la fermeture des bars à opium. Quelle ambiance, quelle débâcle de perversion, quelle euphorie artistique se mouvait à l’intérieur de ces paradis artificiels. L’idée la fit soupirer. Et la nostalgie le refit boire. Rien à voir avec ces bars, à l’odeur de sueur, aux jeunesses perdues et aux destins funestes. On ne mourrait pas par connerie dans son plus jeune âge, mais par luxure. La vie avait un goût amer parfois, et l’alcool avait pris place dans sa vie comme basse consolation, comme dernière roue du carrosse. Le protagoniste premier de la pièce dramatique de ses addictions était alors le tabac, de qualité supérieure par ailleurs. Ses doigts étaient faits pour tenir une cigarette, ses lèvres fines dessinées par le malin tout-puissant pour accueillir les filtres colorés, elle en était convaincue. Et ses poumons avaient étés sculptés pour ne jamais mourir. Pourquoi ne pas en profiter alors ? Lorsque l’air du bar devenait invivable, il n’y avait rien de meilleur que de noircir ses poumons à la fraîcheur de la nuit, lorsque l’envie était lointaine, rien de mieux que d’ouvrir une fenêtre et de polluer l’air à défaut de détruire sa vie.

Et puis, ce vice était d’une compagnie agréable, pour une femme solitaire. Le défaut d’avoir une longue vie, c’est qu’elle t’apprend à ne pas trop t’attacher au monde qui t’entoure. Les gens sont éphémères, c’est une réalité, l’on ne naît que pour mourir un jour, mais les cycles des sociétés le sont tout autant. Ainsi, être sociable ne lui paraissait pas être d’une utilité première. Refaire le monde en parlant à des gens voués à s’éteindre... Quant aux cycles des sociétés... Cette idée la faisait sourire. En somme, c’était cette vision de la vie qui l’avait rendu curieuse et observatrice. Voir comment le monde porte à sa propre réussite, puis à perte, déchiffrer les signes d’un déclin certain tout en se réjouissant de voir les ambitions du monde. Il y avait quelque chose de profondément divertissant là-dedans, et tomber dans la monotonie n’était pas dans les habitudes de la démone, vivre pour s’ennuyer ne valait clairement pas la peine d’être vécu.


“Voilà pour toi.”


D’un simple regard, elle remerciait alors le serveur qui lui rendit dans une œillade complice. Dans la lumière du stroboscope, ses yeux se reflétaient toujours merveilleusement bien, et elle en avait pleine conscience. Jamais elle ne payerait ce verre, comme elle n’avait pas payé le précédent d’ailleurs - un homme plus jeune qu’elle d’apparence lui avait offert sur le simple fait qu’il la trouvait intéressante. Séduire était pour la demoiselle, plus qu’une vocation. Dans le fond, elle était sûrement mal née d’ailleurs. Son existence s’apparentait parfois à celle d’une succube, à la différence près qu’elle ne contrôlait pas les esprits à l’aide d’un pouvoir hérité de naissance. Non, il lui suffisait d’un regard, d’un sourire, ou même d’un simple geste, pour pouvoir obtenir à peu près tout ce qu’elle désirait. Et si elle ne l’obtenait de cette façon, il lui suffisait de réfléchir quelques instants pour dévoiler une nouvelle stratégie, moins tactile et plus persuasive. En ce sens, elle était une femme calculatrice et intéressée dont il demeurait préférable de se méfier. À moins de vouloir se brûler les ailes évidemment.


Terminant rapidement son verre, elle le déposait à nouveau sur le comptoir moite, se redressant avant de glisser telle une funambule entre les âmes alcoolisées. Comment faisait-il, pour aimer la vie de cette façon ? Elle n’en savait rien. Dehors, la nuit battait son plein, les chats orphelins avaient tous revêtu leur gris de nuits, et la demoiselle avançait, encore et toujours. Dans une direction aléatoire. Son téléphone vibra dans sa poche. Tiens, elle pensait pourtant qu’il n’avait plus de batteries. D’un geste rapide de la main, elle pinça sa cigarette pour observer la notification. Une nouvelle offre de travail. La lisant, elle fit ni une ni deux et supprima le mail. Trop peu ambitieux pour elle. Il lui fallait un emploi à sa hauteur. Quelque chose qui valorise un minimum ces années à étudier, ces années à enrichir sa culture, en se privant de vivre réellement -en un sens, il était facile pour elle de dire cela, dix années de sa vie de perdu, ce n’était qu’un bien maigre sacrifice. Pourtant, elle estimait normal d’avoir à être exigeante avec le monde, puisqu’il l’était avec elle. Rangeant son portable, elle vint s’asseoir sur un banc pour observer les reflets de la lune sur la surface du lac.


“Il faut être mature, pour apprécier les beautés du monde.”



Derrière elle, le serveur du bar. Il faisait bien plus minet à la lueur de la lune, mais ce n’était pas grave. D’un pas incertain, il vint s’installer à ses côtés alors qu’elle riait. De la maturité, comme si elle pouvait en manquer. Elle ? Son regard ne se détournait pas de l’image déformée du ciel. Finissant sa cigarette, elle l’écrasa dans l’herbe avant de le déposer dans un petit étui métallique qu’elle jeta au hasard dans son sac.


“Tu me dois un verre.”



Ajouta-t-il avant de s’approcher sans aucune peur. Il avait quelque chose de touchant, assurément.

Étrangement, il eu la chance de connaître la douceur dans ses bras. Au-delà des apparences; la démone avait quelque chose, d'angélique. Mais tout ceci demeura secret.

NB de l'auteure : Parce que faut pas abuser non plus, c'pas qu'une garce.


Physique
Les volets n’ont pas été fermés cette fois encore, en somme, cela lui ressemble beaucoup, rentrer tard et ne plus prendre conscience que la nuit noire n’est pas une porte close. La pièce est en bordel, preuve que son intérieur lui sert plus d’hôtel que de maison, et dans un studio, cela se ressent bien vite. Elle est étendue dans ses draps, petite tâche vivante et nuancée au milieu de draps noirs de satin, les yeux encore clos, refusant de voir les réalités du monde. Le réveil n’a pas sonné de toutes façons, pourquoi se priverait-elle d’un instant supplémentaire de songes ? La démone allume son réveil, même le week-end, pour le plaisir même de pouvoir l’éteindre, son temps ne lui est pas compté, elle est presque immortelle après tout. Mais les petits désagréments d’une vie humaine arriveraient presque à faire son bonheur.

Lorsque son réveil sonne, et que sa main - dont les doigts fins et longs sont toujours divinement manucurés - vient presser le bouton, elle suit toujours le même chemin : celui de la salle de bains. C’est à cet instant précis qu’elle peut à nouveau croiser son reflet, et sûrement la seule fois où elle y portera un temps soit peu d’attention véritable.

Orya n’a jamais été narcissique, mais elle a toujours su qu’elle était belle - et combien lui eurent répété dans le simple but de la séduire ? En un sens, elle se devait de l’être plus que les autres, pour se défaire de cette image immonde que l’imaginaire commun avait collée aux démons. Plus laids encore que les gobelins et autres fantaisies ne pouvaient l’être, les démones n’étaient jamais représentées aussi belles que les succubes, et pourtant, celle-ci y aspirait secrètement, pour les surpasser même. Séduire sans tricher.
Son visage fin, recouvert de l’eau qu’elle venait d’y jeter, se trouvait illuminé par ses yeux vairons qui faisaient sa fierté. Des couleurs contraires, qui se complètent sans cesse, l’un d’un vert émeraude, le second d’un rouge sang pur et acidulé. D’un geste de la main, elle replaçait sa frange maintenant trop longue, humide et frisée par la faute de son inattention, immense rempart éparse pour cacher un front dont elle n’avait pourtant pas honte. Sa main repoussait une mèche de sa chevelure ébène, chevelure qui tombait jusqu’au creux de ses genoux, en nombreuses ondulations légères. La plupart du temps, la demoiselle les porte plutôt attachés en une immense tresse floue, nouée d’un ruban ocre. Mais le matin, c’est différent.

Ses pieds fins la mènent jusqu’à la douche, cabine dans laquelle elle ressemblerait presque à une enfant. Du haut de ses 1 mètres 57, elle n’a d’immense que sa grande gueule qu’elle ouvre à tout-va. La chemise volée à un coup d’un soir tombe de ses épaules, volant jusqu’au lavabo, dévoilant ainsi l’immense chef d’œuvre de sa vie. Sur la chute de ses reins se dessinent les écailles d’un dragon traditionnel chinois aux nuances fanées. Son corps ondulant jusqu’à son épaule, s’étirant sur son bras, l’enroulant avant de venir mourir sur sa clavicule droite. Souvent, elle raconte avoir ressenti une grande douleur, pire encore que les flammes ardentes des enfers, mais n’ayant d’égale à la fierté de porter son héritage jusque dans la peau.
Son corps est dissimulé derrière son rideau capillaire alors que l’eau coule lentement. Malgré sa petite taille, elle parait élancée, gracieuse et un rien fragile. Huit cent soixante années n’eurent en rien dégradé sa beauté. De çà et là, quelques cicatrices, preuves que le monde dans lequel s’écoule sa vie n’est pas un long fleuve tranquille, preuve que malgré les années, elle a toujours su se débrouiller pour arriver à ses fins, et ce, peu importe le prix.

Une fois sa douche terminée en un temps record pour une matinée de fin de semaine, elle s’enroule dans sa serviette, rejoint sa commode, saisit au hasard un ensemble pour rejoindre son armoire. Cette dernière se divise en deux espaces tranchés : l’un noir de jet, et le second aux couleurs de l’immensité. En semaine, porter une tenue sobre lui paraît être une nécessité, en tant que secrétaire, elle ne peut se permettre de s’habiller comme bon lui semble. Une rigueur qu’elle vit avec le sourire, puisque, le week-end enfin venu, elle peut à nouveau s’habiller à sa façon : exubérante, colorée et décalée. Sa main vint attraper son kimono rouge et noir, l’enfilant sans même le noué pour reprendre son train-train quotidien. Une journée nouvelle, après plus de 300 000 autres.


Pouvoirs
Peut-on parler de chance ou de malchance lorsqu'il s'agit de décrire les nombreux pouvoirs qui animent Orya ? Il y a fort à parier pour que cette dernière vous dévoile un avis des plus négatifs et assassin sur ce qu’elle considère être une malédiction. Pour rappel, Orya est le mariage interdit d’une yokaï et de Yamata no Orochi, le dragon des huit éléments. De ce fait, la démone millénaire doit jongler entre ces deux courants.
Ainsi, elle possède de base, des formes diverses et variées, qu’elle peut compter au nombre de 3 :


La forme de démone, premier niveau :


C’est l’une des formes les plus courante de la demoiselle après sa forme de base. De manière général, il lui arrive souvent de passer de l’une à l’autre en une fraction de seconde. Ses yeux deviennent dorés alors que de longues cornes blanches et torsadées viennent balayer son crâne de part et d’autres. Sa queue de démone, longue et fine, se termine en un plumeau qui lui rappelle qu’elle tient bien plus du dragon que du démon.
Lors d’une émotion forte, les yeux de la demoiselle changeant à nouveau de couleur, jonglant entre les huit couleurs des éléments légués par son père : blanc, violet, vert, jaune, orange, bleu, marron et enfin noir.


La forme de dragon, second niveau :


Lorsque les yeux d’Orya deviennent noirs, sa forme de démone mutte vers sa première forme de démon. De manière générale, cette forme ne lui est accessible qu’en cas de forte émotion.
Ses cheveux deviennent bien plus long et son corps blanchi. A cet instant, le dragon tatoué sur son corps bouge avant de disparaître progressivement. Si elle ne parvient pas à se calmer, son corps commence à se couvrir d’écailles au niveau des bras et des jambes, jusqu’à recouvrir tout son corps, hormis son visage. Cette mutation est des plus douloureuse pour elle puisqu’il ne lui arrive que très rarement d’en arriver là.


La forme de dragon, troisième niveau :


Sûrement la transformation la plus rare à pouvoir observer chez la demoiselle. En effet, et de mémoire, seule deux personnes ont étés confrontées à cette transformation, et une seule se trouverait en mesure de pouvoir en parler. Méconnaissable, elle devient un dragon chinois blanc, d’une longueur avoisinant les 5 mètres. Cette forme ne lui permet plus de communiquer et elle agit de façon instinctive et auto-destructice. A défaut de vouloir détruire le monde, elle a tendance à s’isoler pour arracher une à une les écailles qui recouvrent son corps. Selon ses dires, la douleur qu’elle s’inflige n’arrive même pas à faire taire la douleur de la simple transformation. Lorsqu’elle reprend forme “humaine”, Orya se retrouve coincée dans une position alternative durant laquelle ses yeux sont gris et semblent vide. Pour cause, la démone est épuisée et son corps porte encore les stigmates de l’automutilation.

Bien qu’étant la fille d’un dragon élémentaire suprême contrôlant les 8 éléments principaux, à savoir la lumière, les ténèbres, le poison, la terre, l’eau, l’air, l’électricité et le feu, Orya ne possède le contrôle que sur deux des éléments, et n’en maîtrise réellement qu’un seul : le feu. Sa maîtrise de l’élément ténèbre étant plus que bancal, elle préférera évoquer cela comme une affinité toute particulière à cet élément qu’elle liera par effet kisscool à sa nature de démone.
Sa maîtrise du feu la rend insensible à la chaleur et aux flammes sur l’intégralité de son corps. Cet élément lui permet de contrôler les flammes mais aussi d’en créer comme de les faire disparaître à volonté. En se concentrant au plus possible, elle peut aussi contrôler des dérivés tels que le magma. La température de son corps est toujours chaude, ce qui la rend vulnérable aux endroits plus froids ou encore au élémentaires d’eau et glace, ou aux magiciens maîtrisant des affinités similaires.
Lorsqu’elle use de ses pouvoirs de ténèbres, elle a la capacité de rendre son interlocuteur maussade, ou encore de connaître ses peurs les plus inavouables. Elle se sert aussi de cet élément pour se créer une cage protectrice et impénétrable si elle se trouve en situation de vulnérabilité.



Histoire

Premier siècle de mon ère : 1691 - Le moine Tibétain


Je pense que ce souvenir ne quittera jamais mon esprit, qu’il hantera encore ce dernier pour l’éternité, et que ce qui suit continuera de le faire perdurer à travers les âges inconnus. Beaucoup de gens vous diront que les premières fois ont toujours une valeur particulière dans nos vies, qu’elles ont une saveur inimitable, une odeur de nouveauté qui ne se ressent qu’une fois dans l’existence. Mais comment décrire ce qui me semblait être une première horreur dans ma vie ? À huit ans, conceptualiser le monde est difficile, c’est un âge où l’on appréhende encore chaque nouveauté avec peur, chaque journée avec entrain et déception à la fois. Plus encore lorsque l’on vous fait grandir et prendre en maturité loin de tout, des gens, des sociétés, des connaissances diverses que le monde a à vous offrir. Mes parents se jugeaient assez sages, réfléchis et mature pour parfaire mon éducation. Avec du recul, tout me porte à croire que mon père, s’il eut été plus présent, aurait pu empêcher ça, ou tout du moins, banaliser l’événement. Mais il n’était pas là, comme il ne le fut presque jamais.

Ce jour-là, nous devions nous rendre au village, pour aller chercher quelques légumes, mais surtout de la viande. Même si l’alimentation tibétaine n’en était que très peu constituée dans notre région, ma mère jugeait qu’elle était nécessaire à ma croissance. Pour reculer l’échéance, laissez-moi vous parler d’elle, vous contez les souvenirs qu’il me reste d’une mère aimante, douce et attentive. Je ne blâmerais jamais ses choix, mais je pense ne jamais être en mesure de les respecter. Juger cela comme une crise d’adolescence millénaire, c’est sûrement le cas. Nyima, de son prénom avait été, jusqu’à ce jour-là, une mère aimante, douce et protectrice. Son enseignement sur les éléments m’avait permis d’en apprendre petit à petit plus, sur ce don dont j’avais hérité, plus, sur la composition du monde qui nous entoure, sur la façon dont il était le plus judicieux de se servir du monde qui nous entoure, tout en le respectant et le laissant nous soumettre s’il lui en prenait l’envie. Son sourire me revient encore en mémoire, malgré les années, les décennies et les siècles, c’est la façon dont je préfère me souvenir d’elle. Une mère, dont le sort a figé trente années sur son visage, une mère tactile, délicate et rassurante, à la voix toujours douce, ne haussant le ton que pour chasser les oiseaux de ses aromates.

Un souvenir indélébile que la souffrance ne saurait effacer. Avec un peu de recul, ce jour-ci de ma vie était inévitable, cette réaction n’aurait pu être évitée. J’en voulais néanmoins à la vie de l’avoir fait venir si tôt. Nous allions sortir, nous étions toutes deux prêtes, parés de paniers à nos bras, d’une liste rapide écrite pour le principe même d’être retenue en la rédigeant. Elle était pressée, et moi, j’avais égaré mon fétiche. Tous les enfants ont des doudous, des chiffons, des peluches faites de pièces de vêtements usées. Moi, c’était un souvenir de mon père, un immense mouchoir rouge tacheté de marques noires, à chaque angle se trouvait un cordon de pierre d’obsidienne, se terminant par des gouttes rouges dont je ne connais encore aujourd’hui la provenance. Néanmoins, à l’instant de sortir, je ne pouvais plus mettre la main dessus. Une situation contrariante pour un enfant, perdre son fétiche. Jusqu’ici, lorsque cela venait à arriver, ma mère prenait le temps, de refaire le chemin en sens inverse, de dénicher les recoins de la maison où j’avais tendance à le perdre. Mais pas ce jour-là. La précipitation causa nos pertes.
Encore aujourd’hui, j’ai du mal à cerner comment mon esprit à pu juger que cette situation méritait une telle réaction. Beaucoup de démons ont subi cela sur des contrariétés bien plus grave, à des âges plus avancé. L’adolescence était souvent l’âge de tous les maux, même pour nous autres, démons. L’enfance étant plus douce, avec un goût fondamentalement humain. Peut-être était-ce parce que j’avais été trop couvée, trop gâtée dans le but de reculer l’échéance, et que la moindre contrariété avait une ampleur immonde sur mon moral.

Quelque chose s’était illuminé dans mon regard alors qu’une vive douleur s’était éprise de tout mon corps. J’avais mal, j’avais l’impression de brûler de l’intérieur, sans pouvoir à l’époque, mettre de mots sur cette sensation. Je souffrais, mais je ne pouvais rien dire, je regardais ma mère hurler, me dire de me dépêcher, et plus elle le faisait et plus cette douleur s’installait en moi. Plus la fureur s’accumulait. Sans le savoir, ma mère venait de réveiller l’esprit qui sommeillait en moi, une fraction infime de l’esprit que mon père m’avait transmis malgré lui. Mes yeux devinrent noirs, et ma vue fut troublée, je n’y voyais bientôt plus rien. Dans un hurlement de douleur, je sentis mes chairs se déchirer, se craqueler, sur mon crâne, dans mon dos, à la pointe de mon coxis. L’air sentait les chairs carbonisées alors que ma vue, bien que présente, demeurait opaque et unicolore.

Je me souviens avoir longtemps cherché ma mère du regard, l’avoir appelé, longtemps, à marcher vers l’entrée, au radar, m’être cognée contre la porte. Où était-elle ? Quelque chose venait de tomber dans la cuisine, me retournant avec une rapidité que je ne me connaissais pas, j’allais rejoindre la pièce alors que le voile opaque devant mes yeux semblait faiblir, me permettant d’être plus efficace dans mes mouvements.

Avec un peu de recul, j’aurai préféré que ce voile d’ombre ne se dissipent jamais. Que le noir m'engloutisse vivante, me dévore et me consume. Son regard, ses yeux tremblaient, de dégoût, d’effroi, de peur, d’émotions diverses et contradictoires, de ressentis que je n’étais même pas encore en mesure de nommer. Elle me dévisageait, moi, sa chair de sa chair, avec un tel mépris et une telle incompréhension à la fois. Je me souviens l’avoir questionnée, lui avoir demandé ce qu’il se passait, alors que des larmes brûlèrent longuement mes joues, en sillons de chairs carbonisées. Avec du recul, les démons ne pleurent pas, la souffrance coulent dans nos veines, mais ne doit jamais se voir sous cette forme, voilà pourquoi j’ai tant souffert.
Ce jour-là, mon père n’a pas été là. C’était à lui pourtant d’apprivoiser cette nouveauté, à lui de m’expliquer les choses. C’était lui le fautif, lui qui avait semé en moi le chaos, lui qui avait fait de sa semence un démon en devenir. Comment ma mère aurait-elle pu faire ? Elle qui n’était rien de plus qu’une contrôleuse d’éléments. Encore aujourd’hui, j’éprouvais de la haine envers eux. Je les méprises pour leur égoïsme, j’estime avoir le droit de leur en vouloir tout deux d’avoir voulu mettre un enfant au monde, qu’il n’ait été en mesure de comprendre que ce n’était que folie. Comment souhaiter cela à son enfant ? Comment accepter de transmettre une malédiction à sa descendance ?

C’est ce jour-là, que je l’ai rencontré. Ce jour où je suis tombée à ses pieds, épuisée, apeurée, blessée et qu’il m’a tendu une main, sûre, rassurante, accueillante, salvatrice. La première transformation d’un démon est une douleur mille fois plus forte qu’une percée de dent. De l’idée commune, il n’est pas rare que certains ne s’en sortent pas, que leur corps soient trop faibles, trop chétifs. Le mien avait survécu. Pourquoi ? Comment ? Je n’en savais rien. Peut-être n’y était-il pas pour rien.
Il est entré dans ma vie, calmant mes douleurs, mes peines, mes maux. Canalisant cette force dévastatrice avec une facilité déconcertante. Je me souviens encore de la fraîcheur de ses doigts, de la douceur de ses paroles. Ce jour-là, je n’avais jamais pensé qu’il entrerait dans ma vie, j’imaginais qu’il n’était que de passage, parce qu’il s’était imposé et décrit ainsi. Il se dessinait comme une nouvelle figure parentale, comme un protecteur, comme un bouclier contre le monde, comme un guide spirituel dans une vie qui s’annonçait sans fin.


Second siècle de mon ère : 1789 - L'ombre de la révolution


Les ruelles de Paris, à l’aube d’un jour nouveau, d’un nouveau siècle, à l’aube d’une nouvelle ère. Il fait encore sombre et frais ce matin-là, lorsque l’ombre rentre dans ses appartements à l’angle de la rue des miracles. Qui est-elle ? L’ombre de la Révolution est une légende, un symbole d’espoir, et seuls les plus hauts placés des révolutionnaires connaissent son visage. Du moins se sont les dires. Mais chacun s’accorde à dire qu’elle est l’âme d’un souffle nouveau pour la France.


“Des nouvelles du Roi, l’on dit qu’il est malade !”


J’aimais tant voir ce petit bout d’homme, aux habits défraîchis et au souffle manquant, ce petit cliché ambulant, se faufiler de rues en rues pour apporter les nouvelles du jour. Le crieur public n’était encore qu’un enfant cette année-là. Un humain innocent, fébrile et rieur. Quelques mois plus tard, on le forcerait à devenir un homme et à mourir pour la France, mais tout ceci, il ne le savait encore. Qui auraient pu le prédire après tout ? La plupart du temps, il criait des codes que seuls les opposants arrivaient à comprendre, et tout ceci, il l’ignorait encore. Mais au moins, son existence avait un sens. Il était écouté, tantôt par des oreilles attentives, tantôt par des oreilles plus distraites, mais tout un chacun portait une attention unique à ses paroles. Après tout, les temps étaient aux ragots en ces dernières années, aux manigances et aux complots tapis dans la pénombre. Le monde allait changer. Tout ceci était plus que plaisant, plaisant pour moi, qui vivait cette double existence, m’enivrant des richesses de l’Aristocratie, buvant à leur coupe chaque soir durant, pour au petit matin alors revomir leur orgueil aux gens du petit peuple.

La monarchie s’en allait mourir de mains qui n’étaient même pas humaines cette année-là. Mais après tout, les humains avaient toujours su faire confiance à des semblables qui ne l’étaient même pas. La basse manufacture de la mort était souvent accordée à des êtres hors du commun. Démons, sorcières, vampires, lycan… Des légendes qui prenaient vie dans des visages humains, des êtres se fondant dans la population et agissant au service d’Hommes bien plus cruel qu’ils ne pourraient jamais l’être. Un sourire s’étirait sur mes lèvres alors que j’approchais du petit homme pour lui prendre un journal, glissant plusieurs pièces supplémentaires dans sa poche avant de glisser mon index sur mes lèvres, signe que ceci serait notre petit secret. Qui sait, s’acheterait-il peut-être un nouveau manteau. Alors que je reculais d’un pas pour reprendre le chemin en sens inverse, une main se déposa sur mon épaule. Chaude et rassurante, d’une puissance qui n’avait d’égal. Un long frisson parcouru alors ma colonne vertébrale tandis que je tournais la tête. Tiens donc, il était déjà là ? D’un bref coup d’œil vers la pendule d’une des enseignes, j’eus à peine le temps de sourire qu’il venait de me subtiliser mon achat, l’ouvrant sans même le lire avant de demander avec toute l’innocence du monde :


“Les nouvelles sont-elles bonnes ?

Sais-tu qu’ils parlent de tuer le roi ?

Parce que tu leur as annoncé qu’il était mal en point avant de rentrer ce matin, non ? Sais-tu que je suis convié à l’événement en qualité de bourreau ?”


Il sortit la nouvelle avec une telle tranquillité et une telle quiétude que personne ne se retourna autour de nous. Comme s’il venait de m’annoncer qu’il partait voir le poissonnier. J’affichais un sourire amusé, avant de me glisser contre lui pour lire les gros titres, profitant de cette proximité et d’être à l’abri des regards pour demander d’une voix curieuse et quelque peu inquiète :


“Je croyais que Sanson s’occupait de ce genre de besognes ?

Charles-Henri est quelque peu contrarié depuis l’invention de la guillotine, tu sais. On se salit bien moins les mains selon lui.”


Charles-Henri Sanson, de son vrai nom Henri - oui tout court, était un démon d’une sacré trempe. Le connaître était à la fois un immense plaisir et une bien grande désillusion. La copie conforme de l’idéologie humaine, vil, vicieux, manipulateur et dont l’ambition n’avait de limite. De manière générale, il était responsable de la plupart des grandes exécutions judiciaires que le monde ai connu - et de bien d’autres dont personnes ne connaissaient l’existence d’ailleurs. Il n’y avait donc rien de bien étonnant à ce qu’il se soit trouvé en France en ces temps de discordes.


“T’appeler comme son fils ne te force pas à faire ses basses besognes.

Tout d’abord, c’est son fils qui s’appelle comme moi. Et, tu sais, j’ai toujours rêvé de tuer quelqu’un de mes propres mains…”


Ses mots firent écho dans mon esprit et mirent en éveil les sens de ce démon que je cherchais à faire taire au fond de moi. Qu'était-ce donc, que de faire mourir quelqu'un de ses propres mains ? De lire la souffrance naître alors que la vie quittait petit à petit chaque parcelle de sa peau ?


Troisième siècle de mon ère : 1888 - Vous avez dit Jack ?


“Tu rentres bien tard Jack.”


Il était là, accoudé contre l’unique commode du hall d’entrée de ce lieu où nous vivions sans vivre, sa tasse de thé fumant sur le rebord de ses lèvres abîmées, la coupelle dans son autre main, me regardant avec son fameux sourire en coin, fier de la provocation qu’il venait de m’offrir. Comme à son habitude en somme. Il fallait bien l’avouer, ce siècle c- et l’Angleterre lui allaient à merveille. Ce qui était malheureusement bien loin d’être mon cas. Une époque bien triste comparée à celle que nous venions de vivre en France. Bien monotone même. Dans un soupir las, je m’approchais de lui, subtilisant sa tasse pour en boire une gorgée, mon regard plongé dans le sien. La porcelaine vint se tinter d’une épaisse couche rougeâtre suintant jusque dans la boisson agréablement sucrée. Le tout sans un mot. Fallait-il que j’aie à lui réponse pour qu’il sache qu’il venait de me vexer ? Nullement. Le temps fait bien des miracles, et celui de se comprendre sans un mot nous avait été donné presque à notre rencontre. Alors que j’allais pour lui rendre sa tasse, il vint de lui-même la saisir pour la déposer sur le meuble. La seconde suivante, il déposait sa main sur le foulard à son cou, resserrant l’étau autour de son cou afin de l’approcher jusqu’à mon visage pour éponger les quelques tâches s’y trouvant. Celles-ci vinrent se fondre dans le pourpre du tissu en auréoles légères.


“J’espère que tu n’as pas traversé la ville dans cet état.”


Possible, à la vérité vraie, je n’avais même pas eu conscience d’avoir traversé plusieurs ruelles, alors à savoir si elles étaient bondées ou non d’âmes qui vivent... Je repris calmement forme humaine, presque épuisée par ma soirée. Non, réellement épuisée par cette dernière en réalité. À cet instant, je remarquais le léger clapotis de tâches tombant sur le parquet noirci. Quelques instants plus tard, je soulevais ma besace de cuir pour remarquer que cette dernière venait de perdre un peu plus en étanchéité. Nouveau soupir. Au prix où je l’avais payé, je m’attendais à une qualité bien meilleure que la précédente. Et pourtant. Progressivement, mes doigts se tintèrent de rouge, à nouveau, alors que dans un silence de mort, je me dirigeais vers mon bureau, sentant derrière-moi, cette même présence qui me suivait depuis bientôt la nuit des temps.
Sur le bureau, de nombreuses coupures de journaux de dates antérieures. Mon regard se portait alors sur l’une d’elle, datant de la veille. En gros titre se trouvait écrit “Il a encore frappé”. Un sourire en coin sur le visage, je me déclarais à moi-même :


“Ils ont mis du temps pour la retrouver cette fois.

Et une fois de plus tu fais les gros titres.

Ce n’est pas moi qui suis à la une. C’est Jack.”


Et cette situation-là était tout aussi plaisante que frustrante. Reconnaître mon talent, mais pas mon genre. Douce société misogyne. Une femme ne pouvait agir de la sorte selon eux. Ô grand jamais ! Il n’y a que les hommes qui savent être d’une précision chirurgicale, que les hommes capables de manier si bien le bistouri. Que les hommes capables d’une aussi grande cruauté. Pourtant, lorsque l’on sait manier une aiguille et tisser des paysages, il n’est pas moins évident d’apprendre à disséquer un corps humain.
Posant la besace sur le journal, je l’ouvrais lentement pour en sortir de nouveaux trésors. Que les humains sont fragiles et insignifiants, prêts à toutes les bassesses du monde pour sauver leurs misérables existences. Les putains me donnent la gerbe Déposant l’organe sur le papier trempé, je me retournais. Gabriel se trouvait là, un pot à la main, déjà rempli de formol. Parfait. Le saisissant entre les extrémités de mes paumes de main, je le posais sur le dernier coin encore vierge du bureau, avant de commencer un méticuleux nettoyage de ma trouvaille, à la lueur de quelques bougies.
L’Ange déchu vint se placer sur la chaise juste à côté de la mienne, ramenant mes cheveux en arrière pour que je ne me trouve pas contrariée par la présence de ces derniers. D’une voix curieuse, il m’interrogeait alors.


“Je me suis toujours demandé... Pourquoi ne t’en prendre qu’à des femmes ?

Parce qu’elles ont la possibilité d’obtenir tout ce que je n’aurais jamais Gabriel. Une vie heureuse, un mari, des enfants…

Rien ne t’empêche d’avoir tout cela pourtant.”


Je laissais s’échapper un rire nerveux avant de le foudroyer du regard. Idiot. L’univers tout entier s’était lié contre ce droit que je pouvais exiger de ma vie, mes propres parents s’étaient ligués par amour pour que je ne puisse jamais reproduire leur erreur. Une douleur étrange s’éprit de mon palpitant. Par moment, j’en venais à oublier à quel point il était lourd de porter un cœur sous cette forme. Ouvrant le bocal, je vins faire glisser l’utérus à l’intérieur, l’observant flotter avec une tristesse dévastatrice dans le regard. L’instant d’après, ses lèvres se posèrent sur mes joues, comme s’il cherchait à s’excuser du mal qu’il venait de me faire. Les démons ne souffrent pas Gabriel, tu devrais le savoir depuis le temps. Plaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille, il murmura.


“Je vais te faire couler un bain. Il faudra songer à brûler ces vêtements-ci. Tu commences à coûter cher niveau garde-robe Orya.

C’était la dernière fois.”


Innocemment, j’aimais vouloir croire en ces mots. Mais, quelque temps plus tard, je fis à nouveau la une des journaux de Londres. Enfin, ce n’était toujours pas moi qui étais à la une. Mais bien Jack l’Éventreur.


Quatrième siècle de mon ère : 1968 - Mai 68 ou les jeunesses dissidentes


L’atmosphère française avait bien changé depuis notre dernière visite. Elle avait perdu de son éclat. Depuis que l’ombre avait cessé son activité, n’ayant passé le flambeau à quiconque par orgueil. Combien de siècles s’étaient écoulés ? Les mœurs avaient évolué, et les mentalités régressées. La balance n’avait pas penché au profit de l’amélioration. Ni même au profit de l’humanité. Affligeant constat lorsqu’on s’est voué à l’idée du changement, après avoir cru à l’utopie d’un meilleur. Pour eux. Nous étions partis à l’aube d’une ère nouvelle, et celle-ci semblait s’être éteinte, comme les braises d’une cheminée étouffée par le froid hivernal. La guerre nouvelle avait tout éliminé sur son passage. La joie était artificielle, les sourires articulés par des bras mécaniques, et la liberté contrôlée par les plus forts. Un retour vers le passé dont l’existence toute entière ne semblait pourtant se révolter. Les mouvements de foule n’avaient plus cette atmosphère novatrice. Les revendications semblaient vaines et futiles. Fondées sur des croyances faussées.

Mais si les humains se plaisaient à vivre de la sorte, qui pouvait être en mesure de les en empêcher ? N’étaient-ils pas enfants de la Terre qui les avait vu naître ? N’étaient-ils pas le fruit d’un dur labeur d’une entité que nous ne connaissions guère ? À vrai dire, j’avais su m’amuser du côté factice de leurs existences. L’éphémère de la vie humaine offrait une opportunité nouvelle à la dépravation. Une perversion cachée, dissimulée derrière de grands mots, derrière de grands concepts tortueux. Derrière les artifices et les sourires, l’odeur de la pourriture était infâme et délicate pour qui savait en tirer profit. Le monde souterrain de la folie était bien distrayant pour qui savait s’y mêlait et y demeurait. La jeunesse était excessive, dissidente, prête à flamber la chandelle par les deux bouts, à la faire fondre par des moyens plus qu’illégaux. La vie est trop courte pour ne pas en profiter. Et nous, nous étions là pour ça. Nous, les enfants du malin.
Jamais une concentration de démons et d’êtres obscurs n’avait été aussi forte que l’année 1968. Nous avions tous trouvé dans cette dramaturgie un rôle à jouer, incubes, succube, lycans, chacun avait su tirer sa part du marché dans l’immensité de la part sombre de recelait l’humanité. Nous avions évolué plus rapidement qu’eux à cette période, où vivre comme nous l’entendions était d’une facilité déconcertante. Sous nos vraies formes, nous passions pour des fantasmagories inventées par leurs esprits droguées, et nous nous conformions à ce rôle.

L’air de la chambre était irrespirable, sec et piquant, d’un fumet mêlé entre la sueur et l’extravagance d’une drogue trop dure pour ne faire des dégâts, de sexe peut-être même aussi. Nos souffles masseraient l’un avec l’autre et pour cause : il y avait fort à parier que cette chambre n’en soit même pas une, et qu’il n’y ai de fenêtres véritables. Peut-être une tente, non plutôt un placard aménagé, ou encore une salle de bains en plein milieu d’une bâtisse, à l’écart de toutes sources d’air pur. Les marginaux vivaient toujours dans des lieux de fortunes, abandonnés des plus chanceux, des lieux délabrés, qui, même une fois retapés, n’avaient rien à voir avec des maisons classiques. L’organisation des pièces était bâtarde, et seulement quand il en existait une, dans le cas contraire, l’utilisation et la dénomination d’une pièce changeait selon l’humeur du ou des habitants, selon l’envie. J’avais beau observer, de droite et de gauche, je n’apercevais rien de plus qu’une lumière filtrée à travers le sommier posé contre un mur, faisant sûrement office de cloison.
Je me massais la tempe d’une main, recoiffant mes cheveux avec rapidité, mon cerveau tambourinant contre l’os avec une violence infinie, alors que la seconde fouraillait dans une chevelure plus rebelle et nouée. À première vue, ce partenaire éphémère devait encore dormir, ou être dans son propre monde, et l’en sortir n’était pas une bonne idée. Son souffle chaud caressait mes vêtements en lin. Un couinement. En somme, je n’avais même pas envie de l’extirper d’un quelconque songe. Parce que les réveils sont toujours douloureux pour les humains. Et s’il n’en était pas un ? Qu’importe. Je m’allais pas m’en inquiéter maintenant.

Un bruit strident vint m’arracher à mes pensées, l’écho se faisant tonitruant et assourdissant pour mes oreilles. La porte s’ouvrait, et avec elle l’arrivée de la lumière du jour. Le soleil était déjà à son zénith, et la journée devait être amputée d’une bonne moitié. Je ne me souvenais même plus m’être endormie, alors déterminer l’heure de mon coucher était sous simplement improbable. Clignant des yeux, je distinguais alors les formes de l’intrus. Un ange. J’eus un sourire léger, lucide de ce qu’il était en train de se passer. Un ange déchu venu me sauver. Je suivais le bruit de ses pas, la silhouette s’approchant de moi sans un mot, déterminé à venir proche de ce cocon à l’odeur âcre. Comment faisait-il pour toujours me retrouver ? Dans un long soupir, il bougea l’homme installé contre moi, ce dernier ne bronchant même pas. Se penchant à mon niveau, il caressa mon bras alors que je hochais docilement la tête. Mon bras s’étirant difficilement, je vins enlacer sa nuque, fermant les yeux alors que mon corps quittait le sol pour ressentir à nouveau le poids de la gravité. Quelques secondes s’écoulèrent alors que je demeurais contre lui, humant la douce odeur de propre et de douceur qui fuyait de sa chemise. Apaisant parfum. Ses doigts glissèrent dans mes cheveux, m’arrachant un soupir qui vint mourir dans son cou. Je resserrais l’étreinte plus encore. Sa seconde main maintenait mon corps contre le sien, dans une étreinte rassurante et plaisante, alors qu’elle serrait mon haut de ses doigts, décrochant enfin quelques mots, durs certes, mais sa voix était toujours une douce mélodie à mon ouïe :


“Au moins, il est en vie.

Je m’en fais un point d’honneur maintenant.”


Aucun homme n’était jamais mort de mes mains, je ne niais pas devant lui que quelques femmes avaient subi pour des colères et des jalousies passagères, mais jamais d’hommes. Parce qu’il en était un, au-delà de sa condition de céleste évanoui.



Cinquième siècle de mon ère : Le mystère des pyramides


" Tu es sûr que nous sommes au bon endroit ?

Sûr et certain.

On nous envoie réellement inspecter un amas de pierres empilées ?

Se sont des pyramides Orya..."


Je me laissais alors tomber sur le rebord d’un des blocs rocheux pour m’asseoir en tailleur, l’une des jambes fuyant finalement pour se balancer dans les airs. D’ici, le sable ne pouvait réellement nous atteindre, la poussière n’avait lieu d’être, et le vent était frais, respirable et doux. Pyramides ou pas, cela ne ressemblait ni plus ni moins qu’à un empilement de cubes rongés formant une bâtisse conique, ou alors à un rassemblement étrange d’escalier menant à un sommet vidé d’âme. Ni plus ni moins. Comment pouvait-il y avoir un quelconque intérêt à chercher à comprendre cela ? On nous envoie réellement inspecter un amas de pierres empilées ? Et alors ? N’était-ce pas justement en ça que résidait la beauté de ces édifices ? Dans mon esprit, je revoyais l’Ange Déchu me sourire en m’assurant que ce n’était rien de plus qu’une excellente idée pour perdre un siècle de plus. C’était bien là le souci, l’époque était si calme que perdre son temps était la seule chose viable que nous pouvions faire, nous les êtres millénaires. Et l’éternité n’avait rien de tentant présenté de la sorte.

Soupirant, je devais au moins accordé à mon protecteur que la vue était plaisante. Peut-être parce que nous avions la chance d’être au sommet de la pyramide de Mykérinos, qui, sans être la plus haute de toutes, permettait néanmoins d’apprécier les subtilités que le commun des mortels ne pouvait observer depuis le sol. De respirer l’air des cieux, celui qui n’appartient qu’aux entités puissantes. D’ici, nous pouvions regarder les pyramides des reines. Médiocre empilement minime et à échelle réduite. Pauvres femmes de leur temps, elles avaient des lieux de repos éternels si petits et étriqués que leurs dépouilles devaient étouffer par rapport à celles des hommes. De tout temps, les femmes semblaient toujours avoir été dénigrées. Cette pensée m’arrachait instinctivement un sourire amer. En somme, j’avais subi autant qu’elle, ce qu’était la douleur d’être une femme. La reconnaissance minime, le mépris grandissant, la crainte qui donne place à la violence. Qu’avions-nous fait pour mériter cela ? Qu’avions-nous fait de plus que naître sur cette même Terre que les hommes ? Dans un nouveau soupir, je fouillais dans mon sac pour sortir une cigarette et l’allumer. Pensive, j’admirais l’horizon, l’astre solaire sur le déclin.


“Pourquoi as-tu tant besoin de comprendre Gabriel ?

Je n’en ai pas besoin.

Alors qu’est-ce que nous faisons ici ?

Je n’en sais rien. À toi de me le dire.”


Je le dévisageais silencieusement, avec des billes de loto à la place des yeux. Nous étions venus ici parce qu’il l’avait proposé après tout. Alors comment ? Comment pouvais-je savoir quelque chose qu’il ignorait ? Ceci n’avait aucun sens. Repliant une jambe contre ma poitrine, je détournais le regard, songeuse. L’instant suivant, je le sentais proche de moi, assis sur le rocher à son tour. Proche, mais jamais assez, proche mais toujours poli et distant. Il étouffait dans mon cœur, des pensées qui ne devaient avoir lieu d’être. Pire, il étouffait tout simplement mon cœur, à toujours agir de la sorte, à zigzaguer entre la complicité et la simplicité. Un demi-millénaire d’attente n’avait tué l’espoir. Un rire nerveux s’échappait de mes lèvres alors que je me laissais tomber contre lui, mon visage contre sa cuisse, la cendre s’évanouissant en poussière contre son genou. Fermant les yeux, je soufflais alors d’une voix incertaine.


“Je n’en sais rien non plus.

Tant mieux, nous avons l’éternité pour le déterminer.”


Ses mots me firent sourire, mais ouvrirent un peu plus la crevasse de mes sentiments à son égard. Une éternité, même après un demi-millénaire de vie, cela sonnait comme une sentence. Qu’avais-je fait de mal pour mériter cela ?


Sixième et septième siècles de mon ère : Les sabbatiques années de silence


“Je n’irai pas avec toi. Pas cette fois, ni les prochaines Orya.

Pourquoi ?”


Pour la première fois, je ressentais le poids immonde de mon propre palpitant. Jamais il n’eut été aussi lourd et douloureux à porter. J’eus la sensation qu’il s’était arrêté de battre, pendant ce qui parut être la nuit des temps. Je me souviens l’avoir regardé longuement, le dévisageant, de toute sa splendeur, sans dire un mot, attendant une quelconque explication, ne serait-ce que l’esquisse d’un indice quant à la raison qui le pousser à m’abandonner maintenant. Nous n’avions jamais fait le projet de partir en Australie, mais, ce dernier siècle, nous n’avions plus rien prévu. Je n’avais trouvé ceci alarmant, jusqu’à ce jour du moins. L’Egypte avait été longue, et nous n’avions rien découvert de plus que tout ce qui avait déjà été écrit. Nous avions surtout profité du temps, des gens qui s’y trouvaient, revus d’autres que nous pensions s’être éteints. En somme, nous avions fait ce qui était envisagé de faire : perdre un siècle de notre existence à courir après des chimères, des illusions que nous-même savions factices dès le début de notre entreprise. Peut-être était-ce cela qui l’avait fatigué. Je n’osais lui poser la question, j’estimais ne pas avoir à le faire, s’il ne voulait me l’expliquer, alors nous en resterions là pour ce débat. Je fis une croix sur l’idée de me rendre en Australie, simplement et sûrement.
J’avais toujours su faire des compromis après tout. Alors, le choix entre une existence de découverte et une existence à ses côtés fut vite pris. D’une voix curieuse, je me souviens lui avoir demandé, le regard rivé vers notre globe qui tournait sans fin - celui-là même que nous avions depuis mes 50 ans :


“Où irons-nous alors ?

Je ne sais pas où j’irai pour le moment, mais j’irai sans toi.”


Il y avait tant de froideur dans ses mots, tant de distance. Il n’eut pas un regard pour moi, comme si je venais de disparaître de sa vue. Pourtant, j’étais là. Toujours là. Éperdument là. Je tentais de demeurer calme, mais à la vérité vraie, je me sentais mal. Pour la première fois de ma vie, j’eus la sensation de frôler la mort, de la toucher du doigt, avec cet immense regret de n’avoir pu que l’effleurer. Tout à coup, la peur s’éprit à nouveau de moi, cette même peur qui était née juste avant notre rencontre, celle qui avait fait fuir ma mère. Comment allais-je faire ? Sans ce protecteur, sans cet homme qui était le seul en mesure de me canaliser ? Je déglutissais, ravalant ma salive alors que la fureur qui se lisait dans mon regard le menaçait. Mais il n’en vit rien. Je ne pouvais le contraindre. Je me souviens avoir baissé la tête docilement, avec soumission, je me souviens tout autant m’être levée dans mon tabouret, sans un regard pour lui, et lui avoir dit que nous en reparlerions plus tard, qu’il me fallait le temps d’encaisser cette nouvelle, d’appréhender de nouveaux projets. Je me souviens du noir, envahissant à nouveau mon regard, puis de m’être réveillée dans mon lit, les mains blessées.
Je n’ai d’autres souvenirs que ceux-là. Dire ce qu’il s’est passé entre l’instant où le noir s’est installé et celui où j’ai à nouveau ouvert les yeux m’est totalement impossible. À cet instant, j’eus pensé avoir vécu un horrible cauchemar, et, me redressant, je fis le tour de l’appartement dans lequel nous vivions, pour aller lui raconter, dans l’espoir qu’il me rassure. Ne le trouvant pas, je fis ma journée, sans l’ombre d’une inquiétude. Puis les journées s’enchaînèrent, devinrent des semaines, les semaines devenant des mois. Puis, lorsque je pris enfin conscience qu’il était parti, nous entamions la première année de sa disparition.

J’eus beaucoup de regrets le concernant. Peut-être que lui dire au revoir aurait été plus simple, peut-être qu’accepter les choses ce jour-là aurait été meilleur pour nous deux. J’avais perdu le contrôle de moi-même, et il ne me semblait plus l’avoir vraiment depuis son départ. J’avais souvent frôlé l’excès, souvent atteint, et même dépassé la limite de l’acceptable. À tel point que ma place ne pouvait plus être ici.

Avec difficultés, je fis mes valises, pour la destination que j’avais choisi un an plus tôt. L’Australie ne m’attendait pas, et je n’attendais rien d’elle que de faire s’écouler quelques décennies de plus. Le temps d’en découvrir tous les secrets, peut-être que les choses redeviendraient normales, que la vie serait en mesure de reprendre son cours. Peut-être seulement. À mon arrivée, j’eus l’idée de reprendre mes études. Je possédais déjà de nombreux diplômes, de diverses universités de par le monde, dans divers domaines. Mais la connaissance est infinie, et les façons de l’enseigner le sont tout autant. J’ai vécu une longue vie étudiante, écumant silencieusement les bancs des facultés jusqu’à estimer pouvoir faire tout à la fois sans avoir de difficultés. Je savais à présent parler et écrire assez de langues, faire et projeter assez d’idées. Mais que faire à présent ? Comment faire en sorte d’envisager le monde seule ?

Dire que j’étais totalement seule était une vaste fourberie. J’avais rencontré des gens, que j’avais tout aussi vu s’éteindre un jour ou l’autre, quelque chose auquel je n’avais jamais réellement été confrontée. J’avais même repris contact avec mon père, qui, frôlant son troisième millénaire, n’avait en rien arrêté de vivre. Je lui enviais sa fougue, je ne savais trop comment il avait réussi l’exploit de survivre à tous ses vices.

Mais en somme, l’éternité avait un goût amer.


Huitième siècle de mon ère : Le pensionnat Kyôto


Le doux grincement du globe à mon oreille, que de souvenirs, de douceurs et de douleurs, de paroles échangées. Deux siècles venaient de s’écouler, deux cent années vides et tristes, longues et interminables. À enchaîner les conneries et les boucles de choix pour palier à l’absence. Je pensais qu’il reviendrait, véritablement. Conne et persuadée de lui être importante, comme il l’eut toujours été pour moi. Les Anges gardiens ne restent jamais bien loin de leur protégé, ils sont toujours là, quelque part, à veiller silencieusement. Mais plus lui. Mais où avait-il été ? Lorsque j’eus besoin de lui. La vérité vraie eut plutôt été que je m’étais mise en danger dans le simple but de le faire revenir. Et là était la différence. Auparavant, il avait toujours été mon ombre parce que je ne lui avais jamais demandé de l’être. Mais tout ceci avait changé. Il fallait que je me fasse à cette idée, à ce concept d’une éternité seule, d’une longévité interminable dans laquelle Gabriel ne serait probablement plus. Avait-il un jour était le protecteur que je l’imaginais être ? L’avais-je trop idéalisé ?

Avec mon index, je faisais rouler le globe sur son axe, comptant sans fin, à savoir quand serait le bon moment de le stopper, peut-être pourrais-je tuer quelques années de plus par cette simple activité. Quelles contrées étaient encore inconnues pour moi ? Beaucoup en somme, beaucoup où je ne m’étais encore jamais rendue parce que la curiosité n’eut été assez vive, parce que nous avions fait le compromis de nous y rendre plus tard. Nous avions écumé la plupart de nos envies fantasques sur ce globe. Ce "nous" n’existait plus, mais j’avais attendu deux cent ans son retour, au même endroit, sur ce même lopin de terre. Le grincement se fit de plus en plus rapide. Il fallait que j’oublie, que je l’oublie. Fermant les yeux, mon ongle ripait la surface abîmée de l’immense boule aux couleurs fanées, pour l’arrêter. Lorsque le bruit cessa enfin, j’ouvris les yeux. Une île. De mémoire, le Royaume Unis et l’Australie étaient les deux seules îles que j’avais faites. Me tenant le menton, je soupirais avant d’attraper ma tablette. D’un sourire léger, je feuilletais les onglets de recherches sur l’île concernée, sa culture, sa langue, ses habitudes de vie, ses coutumes.

Un sourire fin étirait mon visage. Le Japon avait un goût de déjà vu, de retour aux sources en quelque sorte. Un renouveau en Asie. Une ville attirait alors mon regard sur la navigation satellite. Une ville fortifiée au 26e siècle ? Était-ce seulement possible ? De mémoire, je n’en avais connu depuis ma naissance, cela avait donc de quoi m’interpeller. Mes recherches s’orientèrent alors vers Kyôto. Plus les recherches s’affinaient, et plus cette ville vint à me séduire, plus ses rumeurs piquèrent ma curiosité.
Un lieu où les êtres ne se cachent pas, un lieu où les démons vivent au milieu des fées et des slimes. Agrippant alors mon fusain, je barrais l’île de la carte, comme je l’avais déjà fait sur les autres pays qui avaient été pour moi, une terre d’accueil et d’apprentissage.


***


Vous dire que les premiers temps pour moi là-bas ont été faciles serait vous mentir honteusement. Être soi-même aux yeux du monde est d’une étrangeté déconcertante Néanmoins, on s’y amuse grandement, et l’éclectique de cette ville est tout simplement plaisante, revigorante pour qui sait s’en accommoder. Dire que j’irai y mourir serait mensonge, mais une éternité variable en ces murs… Pourquoi pas après tout.


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